Sécurité - Retour sur une naviguation engagée dans la barre d'étel
Publié : lun. janv. 14, 2013 3:46 pm
Avec l'accord de mes camarades de navigation et ayant eu une vision globale de la situation, je vous retransmets le résumé par étape de notre sortie: nos précautions, nos erreurs, comment on a géré la situation sans dommages personnels, juste de la casse matériel.
Je mets les noms car je n'ai rien à cacher.
Pour ceux qui souhaitent réagir positivement ou négativement, je vous prie de bien vouloir lire ce post en entier.
Avant la sortie :
Météo, programme, niveau des pratiquants requis, matériels, sont détaillés à l'avance et adaptés à la sortie.
Prévision de vent en baisse. Décision d'aller voir sur place avant d'embarquer.
Les kayakistes se connaissent.
2 connaissent et ont déjà pratiqué le spot, 3 le découvrent.
Sur place avant le départ :
Je suis le premier sur place : premier doute, les conditions pour "surfer des vagues lisses" ne sont pas au rdv. Envie d'annuler.
Le groupe arrive, les consignes de sécurité et description du spot sont données. L’excitation est importante, décision d'y aller.
Erreur encadrant : ne pas avoir bien estimé les conditions avant embarquement vis-à -vis du niveau des pratiquants, sensation de briefing trop rapide, le matériel demandé est incomplet mais convenable (manque 2 VHF sur 4 demandées), je ne m'aperçoit pas que 2 kayakistes ont des pagaies inadaptées pour le spot ce jour là "pagaie trad". Pour le reste du matériel : tout est ok. Ne pas avoir envisagé sérieusement l'option 2 prévue.
Erreur participant : ne pas avoir estimé ses capacités.
Difficulté : les kayakistes se connaissent bien.
A l'embarquement :
Le groupe se sépare (non prévu) : 3 embarquent côté ria (Nico encadrant, Paulo, Etienne), zone sécurisée, 2 décident d'embarquer côté mer derrière la digue , zone sécurisée.
3 min après l'embarquement, on rejoint le groupe des 2 derrière la digue. Ils sont déjà partis, j’aperçois Rom au loin dans les vagues mais pas Guillaume. Inquiétude relative car deux kayaks blancs dans les vagues ne sont pas très visibles.
Je décide qu'on reste jouer et s'échauffer près du bord avant de rejoindre les deux autres. 9 min après l'embarquement, Paulo dessale et perd sont kayak, Etienne aussi en venant l'aider. Après avoir pris une grosse vague sur la tête, je remorque 1 kayak+2 personnes jusqu'à la plage (environ : 100m). Les vagues nous aident.
J'indique à Paulo et Etienne que la sortie est terminée pour eux. Paulo récupère son kayak sur la plage. Je m'inquiète pour Guillaume et Rom, je fais confiance à Rom en cas de problème.
Erreur encadrant : ne pas avoir rassemblé le groupe malgré leur décision, ne pas avoir cru qu'ils n'aurait pas attendu.
Précaution : échauffement dans une zones plus sécurisée.
Erreur participant : ne pas avoir attendu, ne maitrise pas l'eskimotage dans les vagues.
De nouveau à terre
A peine arrivé sur la digue pour avoir le visuel sur Rom et Guillaume. J’aperçois une fois Rom, puis une seconde fois Rom avec un feux à main.
Je ré-embarque avec l'aide de Paulo et Etienne pour aller les secourir. Je passe la barre sans difficulté (plus calme à cet endroit)
Erreur encadrant : RAS, l'encadrant organise les premiers secours, le feu à main n’échappera pas au sémaphore situé à quelques mètres.
Arrivé sur zone
Je découvre Rom dans son kayak et Guillaume sur le pont arrière. Je suis rassuré. Le kayak de Guillaume est invisible.
Le CROSS lance un appel à tous les navires sur le 16. Je leur réponds et faisant part de la situation, on dégage sur le 68 :
Moi très calme : "Je porte assistance à mes collègues qui ont déclenchés un feu à main"
Moi très calme : "Nous sommes 3 kayakistes pour 2 kayaks, en sécurité"
CROSS : confirmation que l'appel vient bien de nous, ils nous donne la couleur de nos kayaks..., je donne la couleur des kway.
Le CROSS échange avec le Semaphore et une navette non loin au large, un zodiac est prêt à mettre à l'eau, l'hélico prêt à décoller.
SEMAPHORE : "nous avons le visuel sur les kayakistes" confirmation....il indique au CROSS que nous sommes à 1/2 mille de la côte, et en bonne santé.
CROSS : "Vous demandez assistance, confirmez"
On prend la décision ensemble, au moins de tenter de renter par nos propres moyens. Après tout, on va bien, la mer est formée mais nous sommes équipés et entraînés pour.
Nico : "Non, Nous tentons de rentrer seul car nous sommes en sécurité, Guillaume possède une combinaison étanche, si pb on vous contacte"
CROSS : "Vous nous confirmez quand vous serrez à terre" demandé à plusieurs reprises .
Je confirme à chaque fois.
On s'organise pour le remorquage, Rom semble avoir le caisson arrière plein d'eau, on se réconforte avec des "allez, on va y arriver, on est en bonne santé et en sécurité"...,
On teste différentes techniques avant de conserver la plus efficace : Romain en tête remorque Nico, Guillaume s'accroche à ma pointe arrière. On fini par trouver un rythme qui nous permet de tracter en cadence.
Le SEMAPHORE nous guidera jusqu'à l'arrivée sur la plage d'Erdeven où un joli Shore-Break nous attend.
45 min de remorquage sur 1 mille, entrecoupé de contact avec le CROSS et le SEMAPHORE pour leur confirmer que tout va bien lorsqu'ils nous perdent de vue dans les vagues, ou cachés derrière la dune et les bancs de sables.
Avant d'arriver sur la plage à Shore-Break, Rom me déboute et reste en arrière en sécu. Je demande à Guillaume de ne pas me lâcher, ce poids mort à l'arrière du kayak m'évitera de me fracasser sur la plage. Il m'aide à sortir, on aide Romain. Nous voilà sorti d'affaire!
Son kayak a été perforé par celui de Guillaume, son caisson arrière était bien remplit d'eau.
Je confirme notre arrivé au CROSS
CROSS : "remercie la navette au large et le sémaphore"
Nous remercions les secours et le sémaphore pour nous avoir guidé. Je termine mes remerciement par une rhétorique un peu débile "Merci A bientôt".
Nous passerons ensuite remercier personnellement le sémaphore.
Nous sommes très heureux d'être sain et sauf, d'avoir essayé et réussit notre sauvetage, d'avoir "économisé les secours"
(1 heure plus tard, l'hélico nous passera au dessus de la tête pour porter assistance à d'autres personnes
http://www.letelegramme.com/local/morbi ... 969991.php.
Et le kayak?
Rejoint par un membre du forum venu nous aider, nous apercevons le Xcite de Guillaume dans la barre d'étel. On le voit aux jumelles, hé oui les clés de la voiture et du camion de Paulo sont à l'intérieur.
On le récupèrera au niveau de l'échouage du Tk Bremen après l'avoir suivi pendant 1h30. Il est fracturé à plusieurs endroits mais les clés sont là dans la petite trappe de jour.
Yffic venu assister à notre sortie nous raccompagnera à nos véhicules, merci pour ton aide!
Techniques de remorquages :
Ce qui fonctionne en théorie mais pas dans la réalité : le naufragé sur le pont arrière du remorqueur.
Pourquoi : le remorqueur lutte pour sa stabilité et propulse difficilement.
Nota : à réserver par temps calme et en l'absence de tenue thermique.
Ce qui a fonctionné : Le naufragé accroché à la pointe arrière
Pourquoi : meilleur compromis stabilité/propulsion
Nota : à réserver par mer formée, avec tenue étanche.
Mes conclusions :
Les participants en tireront les conséquences : restez groupez, avoir le matériel adéquate et requis.
En tant qu'encadrant j'aurai dû annuler la sortie, perso j'en avais pas envie nous étions entre kayakistes confirmés. A ce niveau, chacun doit être responsable.
J'aurai également du orienter Paulo vers l'option 2.
En revanche, je n'accepterai plus que le groupe se sépare. Je serai absolument vigilent sur le matériel de chacun.
Un accident en kayak est une série d’erreurs qui prend des proportions dramatiques (perte humaine), pour moi nous avons vécu un incident et su arrêter nos erreurs au bon moment grâce au trio : entraînement / expérience / matériel (VHF, combi sèche). Sans l'un des trois c'était hélitreuillage ou retour en zodiac.
C'est le troisième incidents que j'ai en groupe en tant qu'accompagnant ou organisateur dans un groupe de kayak de mer : une crise cardiaque sur une plage à côté des CRS, deux disparus temporairement dans le chenal du Four, et celui-ci.
Pour les deux derniers cas, ma VHF a servie pour contacter ou être en contact avec le CROSS et au final éviter des secours inutiles. Pour ma part, c'était assez stressant de les savoir prêt à intervenir mais aussi très rassurant (en 5 min ça aurait été loché).
Ce n'est pas non plus très évident de parler dans une VHF en mer formée, j'ai tapé un eskimo en pleine conversation "bla bla ... glou glou glou" mais ça fonctionne.
Je mets les noms car je n'ai rien à cacher.
Pour ceux qui souhaitent réagir positivement ou négativement, je vous prie de bien vouloir lire ce post en entier.
Avant la sortie :
Météo, programme, niveau des pratiquants requis, matériels, sont détaillés à l'avance et adaptés à la sortie.
Prévision de vent en baisse. Décision d'aller voir sur place avant d'embarquer.
Les kayakistes se connaissent.
2 connaissent et ont déjà pratiqué le spot, 3 le découvrent.
Sur place avant le départ :
Je suis le premier sur place : premier doute, les conditions pour "surfer des vagues lisses" ne sont pas au rdv. Envie d'annuler.
Le groupe arrive, les consignes de sécurité et description du spot sont données. L’excitation est importante, décision d'y aller.
Erreur encadrant : ne pas avoir bien estimé les conditions avant embarquement vis-à -vis du niveau des pratiquants, sensation de briefing trop rapide, le matériel demandé est incomplet mais convenable (manque 2 VHF sur 4 demandées), je ne m'aperçoit pas que 2 kayakistes ont des pagaies inadaptées pour le spot ce jour là "pagaie trad". Pour le reste du matériel : tout est ok. Ne pas avoir envisagé sérieusement l'option 2 prévue.
Erreur participant : ne pas avoir estimé ses capacités.
Difficulté : les kayakistes se connaissent bien.
A l'embarquement :
Le groupe se sépare (non prévu) : 3 embarquent côté ria (Nico encadrant, Paulo, Etienne), zone sécurisée, 2 décident d'embarquer côté mer derrière la digue , zone sécurisée.
3 min après l'embarquement, on rejoint le groupe des 2 derrière la digue. Ils sont déjà partis, j’aperçois Rom au loin dans les vagues mais pas Guillaume. Inquiétude relative car deux kayaks blancs dans les vagues ne sont pas très visibles.
Je décide qu'on reste jouer et s'échauffer près du bord avant de rejoindre les deux autres. 9 min après l'embarquement, Paulo dessale et perd sont kayak, Etienne aussi en venant l'aider. Après avoir pris une grosse vague sur la tête, je remorque 1 kayak+2 personnes jusqu'à la plage (environ : 100m). Les vagues nous aident.
J'indique à Paulo et Etienne que la sortie est terminée pour eux. Paulo récupère son kayak sur la plage. Je m'inquiète pour Guillaume et Rom, je fais confiance à Rom en cas de problème.
Erreur encadrant : ne pas avoir rassemblé le groupe malgré leur décision, ne pas avoir cru qu'ils n'aurait pas attendu.
Précaution : échauffement dans une zones plus sécurisée.
Erreur participant : ne pas avoir attendu, ne maitrise pas l'eskimotage dans les vagues.
De nouveau à terre
A peine arrivé sur la digue pour avoir le visuel sur Rom et Guillaume. J’aperçois une fois Rom, puis une seconde fois Rom avec un feux à main.
Je ré-embarque avec l'aide de Paulo et Etienne pour aller les secourir. Je passe la barre sans difficulté (plus calme à cet endroit)
Erreur encadrant : RAS, l'encadrant organise les premiers secours, le feu à main n’échappera pas au sémaphore situé à quelques mètres.
Arrivé sur zone
Je découvre Rom dans son kayak et Guillaume sur le pont arrière. Je suis rassuré. Le kayak de Guillaume est invisible.
Le CROSS lance un appel à tous les navires sur le 16. Je leur réponds et faisant part de la situation, on dégage sur le 68 :
Moi très calme : "Je porte assistance à mes collègues qui ont déclenchés un feu à main"
Moi très calme : "Nous sommes 3 kayakistes pour 2 kayaks, en sécurité"
CROSS : confirmation que l'appel vient bien de nous, ils nous donne la couleur de nos kayaks..., je donne la couleur des kway.
Le CROSS échange avec le Semaphore et une navette non loin au large, un zodiac est prêt à mettre à l'eau, l'hélico prêt à décoller.
SEMAPHORE : "nous avons le visuel sur les kayakistes" confirmation....il indique au CROSS que nous sommes à 1/2 mille de la côte, et en bonne santé.
CROSS : "Vous demandez assistance, confirmez"
On prend la décision ensemble, au moins de tenter de renter par nos propres moyens. Après tout, on va bien, la mer est formée mais nous sommes équipés et entraînés pour.
Nico : "Non, Nous tentons de rentrer seul car nous sommes en sécurité, Guillaume possède une combinaison étanche, si pb on vous contacte"
CROSS : "Vous nous confirmez quand vous serrez à terre" demandé à plusieurs reprises .
Je confirme à chaque fois.
On s'organise pour le remorquage, Rom semble avoir le caisson arrière plein d'eau, on se réconforte avec des "allez, on va y arriver, on est en bonne santé et en sécurité"...,
On teste différentes techniques avant de conserver la plus efficace : Romain en tête remorque Nico, Guillaume s'accroche à ma pointe arrière. On fini par trouver un rythme qui nous permet de tracter en cadence.
Le SEMAPHORE nous guidera jusqu'à l'arrivée sur la plage d'Erdeven où un joli Shore-Break nous attend.
45 min de remorquage sur 1 mille, entrecoupé de contact avec le CROSS et le SEMAPHORE pour leur confirmer que tout va bien lorsqu'ils nous perdent de vue dans les vagues, ou cachés derrière la dune et les bancs de sables.
Avant d'arriver sur la plage à Shore-Break, Rom me déboute et reste en arrière en sécu. Je demande à Guillaume de ne pas me lâcher, ce poids mort à l'arrière du kayak m'évitera de me fracasser sur la plage. Il m'aide à sortir, on aide Romain. Nous voilà sorti d'affaire!
Son kayak a été perforé par celui de Guillaume, son caisson arrière était bien remplit d'eau.
Je confirme notre arrivé au CROSS
CROSS : "remercie la navette au large et le sémaphore"
Nous remercions les secours et le sémaphore pour nous avoir guidé. Je termine mes remerciement par une rhétorique un peu débile "Merci A bientôt".
Nous passerons ensuite remercier personnellement le sémaphore.
Nous sommes très heureux d'être sain et sauf, d'avoir essayé et réussit notre sauvetage, d'avoir "économisé les secours"
(1 heure plus tard, l'hélico nous passera au dessus de la tête pour porter assistance à d'autres personnes
http://www.letelegramme.com/local/morbi ... 969991.php.
Et le kayak?
Rejoint par un membre du forum venu nous aider, nous apercevons le Xcite de Guillaume dans la barre d'étel. On le voit aux jumelles, hé oui les clés de la voiture et du camion de Paulo sont à l'intérieur.
On le récupèrera au niveau de l'échouage du Tk Bremen après l'avoir suivi pendant 1h30. Il est fracturé à plusieurs endroits mais les clés sont là dans la petite trappe de jour.
Yffic venu assister à notre sortie nous raccompagnera à nos véhicules, merci pour ton aide!
Techniques de remorquages :
Ce qui fonctionne en théorie mais pas dans la réalité : le naufragé sur le pont arrière du remorqueur.
Pourquoi : le remorqueur lutte pour sa stabilité et propulse difficilement.
Nota : à réserver par temps calme et en l'absence de tenue thermique.
Ce qui a fonctionné : Le naufragé accroché à la pointe arrière
Pourquoi : meilleur compromis stabilité/propulsion
Nota : à réserver par mer formée, avec tenue étanche.
Mes conclusions :
Les participants en tireront les conséquences : restez groupez, avoir le matériel adéquate et requis.
En tant qu'encadrant j'aurai dû annuler la sortie, perso j'en avais pas envie nous étions entre kayakistes confirmés. A ce niveau, chacun doit être responsable.
J'aurai également du orienter Paulo vers l'option 2.
En revanche, je n'accepterai plus que le groupe se sépare. Je serai absolument vigilent sur le matériel de chacun.
Un accident en kayak est une série d’erreurs qui prend des proportions dramatiques (perte humaine), pour moi nous avons vécu un incident et su arrêter nos erreurs au bon moment grâce au trio : entraînement / expérience / matériel (VHF, combi sèche). Sans l'un des trois c'était hélitreuillage ou retour en zodiac.
C'est le troisième incidents que j'ai en groupe en tant qu'accompagnant ou organisateur dans un groupe de kayak de mer : une crise cardiaque sur une plage à côté des CRS, deux disparus temporairement dans le chenal du Four, et celui-ci.
Pour les deux derniers cas, ma VHF a servie pour contacter ou être en contact avec le CROSS et au final éviter des secours inutiles. Pour ma part, c'était assez stressant de les savoir prêt à intervenir mais aussi très rassurant (en 5 min ça aurait été loché).
Ce n'est pas non plus très évident de parler dans une VHF en mer formée, j'ai tapé un eskimo en pleine conversation "bla bla ... glou glou glou" mais ça fonctionne.
