Jusqu'à présent le gréement était placé à l'avant du bateau, ce qui permet au kayakiste de le surveiller mais masque en partie la visibilité, et ce malgré l'utilisation de panneaux transparents.
Eric Olivier, bien connu sur ce forum et bien au delà , eut l'idée de le placer à l'arrière. Il baptisa sa géniale invention: voile "tape-cul" et publia un excellent topo en direction de ceux qui souhaitent la fabriquer eux mêmes. Polyform a repris l'idée et commercialise une "voile à corne"
Voici deux saisons que j'utilise une telle voile. Je ne puis plus m'en passer. Elle autorise toutes les allures, non seulement le portant comme les gréements lambda, mais aussi le près serré sous réserve de pagayer pour compenser la dérive. Par mer plate on peut remonter à 30° du vent en pagayant d'un seul côté pour éviter le départ au lof.
J'ai commis ce petit article pour partager mon expérience.
Gréer
Hors utilisation la voile se glisse facilement sur le pont. Le mousqueton de l'écoute passe dans une boucle à l'autre extrémité de ce cordage.
Gréer se fait en quelques secondes. Il est préférable de le faire bout au vent (mais par petit temps, peu importe).
On commence par passer le mousqueton dans l'oeillet au "point d'écoute" de la voile puis, sans se retourner, on enfile le pied de mât dans l'emplanture.
C'est très fastoche. Aux éventuels maladroits, je rappellerai ces vers d'une célèbre complainte:
Faut-il donc que tu sois saoul
Pour ne pas trouver le trou.
Partir
Normalement, votre voile commence à fasseyer, c'est à dire à flotter comme un drapeau. Vous bordez, c'est à dire vous tirez sur l'écoute jusqu'à ce que le bruit cesse. Pas plus. Vous coincez l'écoute dans le taquet coinceur (c'est facile à retenir)
Le bateau avance.
Il va tout de suite vouloir partir au lof, c'est à dire changer de direction pour se mettre bout au vent. En principe, ce n'est pas votre objectif.
Vous avez deux solutions pour le maintenir sur la bonne route. Pagayer ou abaisser la dérive. Ou recourir simultanément à ces deux opérations.
C'est parti !
En route
S'il y a suffisamment de vent et s'il est favorable, votre petit bateau se comporte comme un voilier.
Vous pouvez poser votre pagaie en balancier à l'avant de l'hiloire et vous livrer à des occupations annexes: photographier, pêcher, casser la croûte, essuyer vos lunettes, vous gratter la guibolle qui vous démange, dégager la couture de votre short qui s'est insinuée dans votre raie fessière, etc.
Mais n'oubliez tout de même pas que votre esquif est un kayak de mer. Donc un pagayage pépère ne peut qu'améliorer votre vitesse, conforter l'équilibre dynamique et vous faire faire un peu de sport ( afin d'éviter le développement insidieux d'une surcharge pondérale et la fonte de vos biscotos)
Régler la voile
Un réglage est toujours provisoire, même si vous suivez obstinément le même cap, le vent peut changer inopinément de direction, surtout près de la côte.
Si votre voile n'est pas assez bordée, vous l'entendrez tout de suite. En effet elle commencera à fasseyer. Il suffit de tirer un peu l'écoute sans oublier de la remettre au taquet coinceur. ( Cela s'appelle "border" )
Si votre voile est trop bordée, par contre, elle ne vous le téléphonera pas. Comment le deviner ?
Si la dérive n'est qu'en partie baissée, votre kayak peut avoir envie de partir au lof (de se rapprocher du lit du vent ) Vous laisser filer un peu d'écoute ( Cela s'appelle "choquer") jusqu'à la limite du fasseyement. Votre esquif vous en saura gré en accélérant.
Vous pouvez aussi ne rien toucher au réglage et laisser partir au lof ( toujours jusqu'au fasseyement) vous changerez de cap mais cela peut faire partie de votre stratégie de voileux.
Si votre dérive est à poste, votre bateau ne partira au lof mais il ralentira si la voile devient trop bordée. Pour un débutant, c'est assez peu perceptible, mais avec un peu d'expérience, on le ressent tout de suite. Rassurez-vous, ça viendra.
On emploie cette expression pour dire que la voile va changer de côté. Si elle était à droite (pardon à tribord) elle passera à gauche (bâbord) et Lycée de Versailles.
On peut le faire vent de bout (il faut impérativement relever la dérive et pagayer pour virer)
On peut aussi le faire vent arrière. C'est le cas le plus fréquent. Les voileux disent empanner, les planchistes jiber (prononcer djailleber)
Par vent modéré ça passe tout seul, parfois à l'insu de votre plein gré. Dans la brise c'est plus délicat.La dérive est forcément baissée, sinon votre kayak part au lof comme un furieux. Il faut donc aider (énergiquement) avec la pagaie. La voile peut renâcler et vouloir rester à contre-bord (du mauvais côté). Ne pas hésiter à lui donner une petite tape pour l'encourager. S'il y vraiment du zef, la bôme peut partir à la verticale et votre voile ressembler à un demi-cornet de frites. Pas de souci... une légère traction, et tout rentre dans l'ordre.
Bien entendu dans le même temps il vous faudra veiller au grain, éviter la vague traîtresse, etc. Bref, que du bonheur.
D'où vient le vent ?
Le voileux dispose d'une girouette et de petits rubans dans les voiles pour le savoir.
Rien de tout ça sur votre kayak à voile arrière.
Mais vous avez des yeux et des oreilles. Les premiers vous permettront de lire dans les vagues produites par le vent (ne pas confondre avec la houle )
Pour utiliser les secondes, tourner la tête dans la direction supposée du vent jusqu'à l'entendre siffler dans les deux oreilles. Cet esgourdomètre dont, en principe, tout bipède est équipé de série à la naissance est un instrument très fiable et très fidèle. Les malentendants, qui en sont privés, peuvent tout de même se fier à la sensation de fraîcheur sur le visage.
Affaler
Si pour diverses raisons vous souhaiter ôter le gréement (ça s'appelle "affaler") c'est très simple.
Vous décoincez l'écoute. Sans vous retourner, vous sortez le mât de son emplanture, vous posez la voile près de vous pour décrocher le mousqueton. Surtout, vous n'oubliez pas de le repasser dans la boucle de l'écoute. Vous glissez la voile sur le pont avant. C'est fini. Votre esquif redevient le kayak de mer de Monsieur ou de Madame Toutlemonde.
Voili, voilou
N'hésitez pas à poser des questions. J'éditerai cet article au fur et à mesure.